Marché des paiements – Février 2024 – Hervé SITRUK

La dernière période a été marquée par les quelques trends forts et récurrents du marché des paiements :

  • La lutte contre la fraude, qui constitue désormais le sujet le plus médiatisé, y compris hebdomadairement voire quotidiennement, sur les ondes des grandes chaînes de radio et de télévision en France, tant la situation présente, avec de nombreuses et fréquentes manipulations psychosociales, soulève des questionnements et des craintes du grand public, notamment sur les conditions de remboursement. Cela conduit à de nombreux travaux de tous les acteurs prestataires du marché, et au premier rang des banques, et de l’OSMP, pour éviter de mettre en difficulté la confiance acquise auprès des français en matière de systèmes de paiement.

Tous les systèmes interbancaires nationaux ou internationaux sont mis à contribution, et toutes les banques en font un sujet majeur de communication avec la clientèle. Et les perspectives sont aggravées par la part que prend l’IA dans la sphère médiatique et dans les travaux des acteurs du marché, et les menaces qu’elle laisse percevoir. Certes, il y a de nombreuses solutions, y compris via l’IA, comme le propose MasterCard notamment, mais aussi via toutes les autres solutions sécuritaires, mais, les regards se tournent d’abord vers les opérateurs de télécommunication, pour essayer d’identifier les faux SMS ou les faux e-mails. Certains étudient le recours à la biométrie en remplacement du code secret, qui a pourtant déjà fait l’objet d’une class action aux USA contre Revolut, à la signature électronique et à terme, à l’identité numérique, voire même à l’apport que pourrait avoir en ce domaine, le recours aux MNBC…

  • Les évolutions du marché de la carte et du paiement mobile, avec la poursuite des innovations, la biométrie, la carte « parlante » pour les handicapés, mais aussi par la poursuite par les autorités publiques au plan mondial de l’encadrement des pratiques anti-concurrentielles des grands acteurs, et notamment, la poursuite de la saga Apple, qui s’adapte « à reculons » aux exigences européennes, avec des offres tarifaires, jugées par beaucoup, y compris Microsoft, comme « abusives », et qui doit également faire face au rejet sur le même sujet de son appel auprès de la Cour Suprême des États-Unis.

En Europe, et en France, c’est un autre sujet, une forme de consolidation industrielle, avec l’entrée d’une grande banque, le Crédit Agricole dans le capital de WorldLine, entrée que nous avions recommandée, et qui va conduire à renforcer les liens entre les industriels et les banques européennes, pour une souveraineté dans les paiements.

  • Et les cryptopaiements, qui poursuivent leur captation de la presse internationale, après la validation par la SEC américaine des ETFs en Bitcoin. Comme dit la Tribune « Les cryptomonnaies touchent le Graal ». Mais, ces ETFs deviennent aussi « une pomme de discorde » entre les géants de Wall Street, certains comme JP Morgan, qui dispose de son propre JP Morgan Coin, et ne cachent pas son opposition, alors que Black Rock initie le mouvement pour les investisseurs.

En Europe, pour la première fois, une grande banque, la banque autrichienne Raiffeisen, propose à ses clients particuliers d’investir directement dans des crypto-actifs depuis l’application bancaire mobile. Et en Angleterre, l’ancien Chancelier de l’Échiquier George Osborne a rejoint l’Advisory Council de Coin Base… Ce qui montre que pour lui, cette société n’est pas si sulfureuse qu’on le dit. Et un think tank de banquiers centraux, l’OMFIF, va jusqu’à réclamer « une solution d’interopérabilité des blockchains »…

Mais, la nouveauté est la place que prend et va prendre l’Intelligence Artificielle dans les travaux de tous les acteurs du paiement en Europe. Car l’IA est un monstre à multiples facettes, qui peut être perçu à la fois comme l’Hydre de Lerne et comme un Saint-Michel ou un Saint-Nicolas…  Et comme l’a déclaré Chris Holmes, membre de la Chambre ds Lords ”2024 will be the year of the regulation of AI”.

Et c’est le cas en Europe où, après des débats houleux, un accord politique avait été conclu en décembre dernier sur le projet d’IA Act. Le 2 février, les 27 Etats membres de l’Union européenne ont approuvé cet accord politique à l’unanimité. Notons que la France qui y était opposée, redoutant un obstacle à l’innovation, s’y est résolue, à la fois parce que l’Italie et l’Allemagne, qui avaient les mêmes réticences, se sont finalement résolues à le voter, et parce qu’elle a obtenu des concessions, notamment sur le secret des affaires.

Enfin, comme chaque année, Cap Gemini nous montre le cap…  Les défis et opportunités pour la transformation des entreprises du paiement durant l’année en cours, citant pour les « front runners » la DeFI et l’AI, mais aussi, pour tous les paiements temps-réels, l’interopérabilité et les APIs, et pour compléter l’ISO 20022, la future DSP3, et les offres à venir des Big Techs, qui vont accélérer les changements. On ne peut qu’y souscrire…


Revue de presse

1- Lutte contre la fraude


 2- Evolutions du marché de la carte et du paiement mobile

La saga Apple 

L’entrée du Crédit Agricole dans le capital de Worldline


3- Cryptopaiements

L’accord de la SEC sur les ETF Bitcoin spot et les réactions du marché

Le piratage dont la SEC a été victime

L’annonce de la banque autrichienne Raiffeisen

George Osborne a rejoint l’Advisory Council de Coin Base

Article de l’OMFIF sur l’interopérabilité des blockchains

Article de Michel Khazzaka


4 -Intelligence Artificielle


5 – Rapport de Cap Gemini


6- Organisations interbancaires internationales et européennes

Swift présente son service de prevalidation

Présentation de CLS par Dirk Bullmann lors de la plénière FPF du 18 janvier : Slides : Document pdf

Publications de l’EPC


7 – Divers