Rechercher
Fermer ce champ de recherche.

Tribune de Priscille Szeradzki, Directrice générale de la Confédération Nationale du Crédit Mutuel

Le Parlement européen se prononcera en juin sur le règlement relatif à l’euro numérique. Des modifications structurelles pourraient être apportées au projet pour éviter qu’il ne soit dépassé dès son lancement et qu’il ouvre davantage la porte des paiements de l’Union à des acteurs non européens.

La souveraineté, une réalité industrielle avant tout

La souveraineté des paiements ne se décrète pas. Elle se construit par le contrôle effectif des interfaces clients, de l’acceptation commerçants, des flux de données et des standards technologiques. Or l’euro numérique de détail n’y répond pas.  Il ne remplace pas les systèmes de cartes internationaux, ne garantit pas un contrôle européen sur les portefeuilles numériques et ne réduit pas notre dépendance aux grandes plateformes technologiques. Au contraire, il crée une nouvelle solution monétaire et une infrastructure de paiement parallèles, tout en laissant le contrôle des interfaces et des relations clients largement inchangé.

L’Europe dispose pourtant déjà d’infrastructures performantes : paiements instantanés, systèmes de compensation sous gouvernance européenne, et solutions émergentes comme Wero et EuroPA. Construire une infrastructure parallèle, estimée à 18 milliards d’euros, détournerait des ressources stratégiques sans résoudre le problème de fond.

Un projet conçu pour le monde d’hier

L’euro numérique a été bâti sur des technologies de la décennie précédente, sans adresser les défis réels de l’innovation en matière de paiements : solutions « one click », tokenisation, intelligence artificielle agentique. La BCE se concentre sur son propre schéma de paiement, y compris hors ligne et sur un modèle de distribution « ouvert » aux portefeuilles non européens, ouvrant ainsi la voie aux Big techs non européennes sur le marché des paiements en euros.

L’euro numérique est par ailleurs pensé comme une infrastructure centralisée, alors que l’innovation et la résilience opérationnelle appellent des architectures distribuées et interopérables. A horizon 2030, il pourrait ainsi apporter une réponse à une question qui ne se posera plus.

L’Europe a besoin d’un cadre qui soutienne l’innovation privée européenne et non d’un concurrent public coûteux, potentiellement obsolète dès son émission.

Des ajustements indispensables

Si le projet devait être maintenu, trois corrections mériteraient d’être explorées.

D’abord, le modèle de « financement ouvert » gagnerait à être prohibé ou strictement encadré : en l’état, il permettrait à des acteurs non européens de distribuer des euros numériques.

Ensuite, la conception devrait rester simple et économiquement viable, en garantissant un modèle de rémunération couvrant intégralement les coûts des intermédiaires. Enfin, il est impératif d’instaurer un plafond de détention réaliste et maîtrisé pour chaque citoyen, car les sommes placées dans le portefeuille euro numérique par chaque européen viendraient diminuer d’autant la liquidité des banques et leur capacité à financer les crédits aux particuliers et aux PME.

L’Europe est à la croisée des chemins. Une souveraineté durable passera par des choix industriels réalistes, ancrés dans ce qui fonctionne aujourd’hui pour préparer l’avenir.

 

Les dernières actualités

Une année aux enjeux considérables

L’année qui débute en septembre 2026 sera majeure pour le futur (1) des paiements français, et pas uniquement du fait de l’élection présidentielle du prochain printemps, mais aussi pour le futur de Cartes Bancaires et pour le déploiement de Wero dans le commerce, (2) et des paiements européens, avec les nombreux sujets déjà à l’ordre du jour comme la future DSP 3 et le RSP, le trilogue en vue du vote définitif par le Parlement européen du projet de règlement sur l’euro numérique et celui sur le cours légal des espèces, la poursuite du déploiement de Wero dans divers pays européens et l’interopérabilité avec les solutions de l’Alliance EuroPA, mais aussi avec toutes les questions clés de l’IA, des DLT, de la tokenisation et des paiements cryptographiques, la consultation sur la révision éventuelle de MiCA, mais aussi du Quantique, et in fine de la souveraineté européenne qui a du mal à prendre forme dans les paiements, et , la question de l’alignement réglementaire au sein du G7 sur la reconnaissance mutuelle des stablecoins dans les paiements internationaux, et au-delà, sur le futur des paiements internationaux….

Lire la suite

Les Grands Dossiers Européens

En cette rentrée, la question de la souveraineté européenne, notamment en matière d’IA, de capacite de calcul, mais aussi de stablecoins, de protection des données et de solutions sécuritaires contre les intrusions qui se multiplient, reste première d’autant que, désormais, la dépendance technologique de l’Europe vis-à-vis des Etats-Unis et de la Chine semble difficile à combler, vu la masse des capitaux qui seraient necessaires.
L’éditorial revient principalement sur les évolutions au cours de l’été dans le monde de l’IA et dans celui des Stablecoins et MNBC, en Europe et aussi dans le monde. Les annonces que la presse met en avant anticipent les évolutions futures, qui sont, il est vrai, extrêmement rapides, et soulèvent non seulement des questions financières mais aussi de régulation et d’éthique.
Mais, les évolutions des paiements, dits “classiques” désormais, continuent de constituer l’essentiel des évolutions en Europe comme dans le monde, que ce soit dans le domaine des paiements par carte ou du déploiement mondial du paiement instantané.

Lire la suite

Le grand schisme ? Why we all lose ?

Le schisme, c’est un terme qui redevient à la mode, et qui signifie une rupture forte dans une communion religieuse ou idéologique, une séparation entre des personnes qui partageaient des liens historiques, une sécession volontaire d’une partie d’un groupe qui remet en cause le leadership et les positions de l’un de ses membres, et affirme ses propres valeurs, de façon indépendante.

Lire la suite
Vous souhaitez aller plus loin ? Devenez membre, contactez-nous

Recevez notre dernière newsletter