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Le 3è Sommet CB : un pas de plus vers la souveraineté des paiements

Le Groupement des cartes bancaires CB, a organisé le 31 mars son troisième Sommet avec plus de 3.000 participants, plus de cents stands de sociétés et associations professionnelles des paiements, et des orateurs prestigieux, dont le Président de la République française qui, par sa participation, a voulu souligner que « Le paiement est une filière stratégique qui doit être traitée comme telle et rappeler que « nous possédons une filière nationale incarnée par le modèle du GIE Cartes Bancaires » qui constitue pour la France un de ses « atouts formidables ».

Le Gouverneur de la Banque de France a souhaité également tirer un coup de « chapeau à CB, qui est un élément évidemment central de la stratégie des paiements française », et bien d’autres personnalités politiques françaises et européennes, dont Mme Aurore LALUCQ, Présidente de la Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, qui de son côté, a tenu également à « féliciter les dirigeants de CB pour leur ténacité et leur pugnacité » et leur dire que « cela paye de tenir et d’avoir une vision stratégique ». Tout ceci montre que ce Sommet CB est devenu un évènement incontournable pour la stratégie française et même européenne, en matière de souveraineté.

Et bien sûr, c’est aussi un évènement devenu incontournable pour tous les professionnels des paiements, avec la participation d’un nombre très important de décideurs de la banque et des paiements dont MM. Gérald GREGOIRE, Président du Groupement, qui intervenait pour la première fois à ce titre et a rappelé que « depuis quatre décennies, CB continue de porter le « made in France » au cœur de la filière du paiement ! »,  et Daniel BAAL, Président de la Fédération Bancaire Française, qui a insisté sur la place particulière de CB comme  “ pilier du quotidien et de l’économie qui occupe une place centrale dans les paiements en France ».

Donc beaucoup de propos élogieux, de reconnaissance envers CB et envers toute la filière française des paiements, présente toute ensemble ce jour.

Ce Sommet fait ainsi, à nouveau, la preuve que la France reste toujours attachée à la carte bancaire, cet instrument de paiement dont elle a fait la promotion depuis près de 60 ans.

Rappelons un peu l’histoire : la première Carte Bleue est apparue en 1967, il y a bientôt 60 ans, et Carte Bleue a participé à la création du Scheme Visa avec BankAmericard dans les années 1975. Beaucoup continuent d’ailleurs d’appeler la carte française « la Carte Bleue » alors même qu’elle est devenue la carte bancaire CB au logo Bleu-Vert dès 1990. Et c’est le Groupement des Cartes Bancaires CB, créé plus de quinze ans après le lancement de la Carte Bleue, qui a unifié le marché français, et est enfin parvenu à lancer la carte à puce en 1993, malgré les croche-pieds des schemes internationaux. Et cette carte bancaire CB, désormais au logo tricolore, reste depuis lors l’emblème de la France dans les paiements ; elle a été portée par le Groupement, qui a été l’acteur clé de cette saga française, le digne héritier et le continuateur depuis plus de quarante ans.

Mais au-delà de l’histoire très riche de la carte bancaire en France, que j’ai déjà eu l’honneur de retracer pour les 40 ans du Groupement, trois questions se posent aujourd’hui :

  • D’abord, quelle est l’actualité de la carte bancaire ?
  • Puis, quels sont ses grands enjeux ?
  • Et enfin, quelle est sa place future dans l’Europe des paiements ?

 

  1. L’actualité de la carte bancaire

 

La carte bancaire doit son succès à trois composants clés :

  • D’abord son réseau d’acceptation en France, en Europe et au niveau mondial, dont nul autre instrument ne peut se prévaloir ;
  • Ensuite, sa force sécuritaire, malgré les fraudes, car c’est l’instrument de paiement le moins fraudé, en tous cas en France et de loin, et qui offre en outre la garantie de paiement à l’accepteur (sous réserve évidemment du respect de certaines règles…);
  • Enfin, c’est un instrument individuel, qui offre au porteur une identification mondiale, par son PAN, mais aussi de multiples services bancaires et non bancaires, et qui constitue toujours un moyen majeur de marketing individuel sur ses services… et même son support physique, constitue toujours un élément de différenciation. Il n’y a qu’à voir comment les banques nouvelles digitales s’emparent de ses codes marketing et promeuvent ses supports haut de gamme notamment la carte « métal ».

 

Mais ce qui a assuré très tôt le développement de la carte, c’est son interbancarité, qui reste l’atout maitre. Et nul autre instrument de paiement n’a su autant organiser le diptyque compétition et coopération au service de la collectivité.

Aujourd’hui, c’est l’instrument de paiement plébiscité en France et en Europe, même si beaucoup de pays ont abandonné leur souveraineté en ce domaine au profit des schemes internationaux.

Mais son actualité provient de ses réponses aujourd’hui aux divers cas d’usage , de sa permanente adaptation aux nouvelles technologies, et aux nouveaux codes marketing, et de ses réponses aux questions critiques clés du moment.

Aux divers cas d’usage, de proximité ou à distance, dans sa forme matérialisée, et dans sa forme dématérialisée, chez les commerçants et dans les DAB, sur les terminaux en libre-service des distributeurs de carburant (DAC), au sans contact, et aux paiements sur Internet, et désormais via les divers wallets de paiement…. La carte a su adapter son support physique, se dématérialiser sur tous les supports électroniques, bénéficier de tous les nouveaux modes de communication de proximité ou à distance, s’interfacer avec tous les POS et désormais POI… Et prendre en compte une variété de modes d’authentification jusqu’à la biométrie.

Le modèle interbancaire à quatre coins créé et mis en œuvre pour la première fois par le Groupement il y a 35 ans, a largement surpassé le modèle privatif à trois coins. Et tous les nouveaux offreurs d’interface de paiement ou de parcours paiement comme de nombreuses Big Techs ou FinTechs avec leurs XPay, ne font qu’ajouter une couche de services aux services bancaires de paiement. De même pour tous les acquéreurs non bancaires. Et la carte CB s’interfacera demain avec tous les wallets et tous les supports de paiement.

La carte offre ainsi aux nouveaux entrants sur le marché des paiements un moyen de bénéficier, sans avoir à le financer, d’un réseau construit depuis 60 ans, d’une clientèle de particuliers habituée à ses anciennes interfaces et qui adopte sans hésitations les nouvelles, et d’accepteurs habitués à des standards mondiaux, et à certains standards spécifiques pour la France.

 

C’est donc un moyen de paiement devenu désormais incontournable.

 

  1. Les grands enjeux de la carte bancaire

La carte bancaire répond aussi aux trois grands enjeux du moment souveraineté,  sécurité,  la révolution digitale

2.1 L’enjeu de la souveraineté

Comme l’a rappelé le Président de la République  « Le paiement n’est pas un détail technique de la vie économique, c’est le dernier kilomètre de la souveraineté économique, le moment où la valeur se concrétise, où la confiance devient transaction.».

 

En effet, qu’est-ce que la souveraineté ? CB nous en donne une définition indirecte mais précise :

  • d’abord, c’est une solution qui assure une permanence opérationnelle en cas de rupture volontaire ou non des services, par d’autres acteurs du paiement…. Notamment des ICS.
  • ensuite, c’est une solution qui offre un vrai choix, c’est-à-dire qui est présente comme option de paiement pour la plus grande part des transactions de paiement, en face-à-face comme à distance, mais hélas pas encore pour chaque transaction en France : c’est ce que la France essaye d’atteindre avec le cobadging, selon les recommandations du plan stratégique 2025-2030 du Comité National des Moyens de Paiement (CNMP)
  • Enfin c’est une solution dominante sur son marché, avec plus de 85% du nombre de transactions par carte en France, car être souverain c’est être maître chez soi, tout en acceptant la concurrence… Et c’est être ouvert au monde sans remettre en cause ses racines.

 

2.2 L’enjeu de la sécurité et de la résilience

Comme l’a également précisé le Président de la République, « Maîtriser ce dernier kilomètre, c’est maîtriser la sécurité de nos échanges, la continuité de notre économie, notre capacité à décider par nous-mêmes et donc notre indépendance ».

Dans un monde où la manipulation, la dissimulation ou la coercition, voire l’usurpation d’identité, se développent à grande échelle et s’industrialisent en utilisant tous les moyens qu’offrent les technologies, la carte a su conserver la confiance des utilisateurs porteurs et accepteurs. Et elle se prépare aux défis sécuritaires de demain, avec l’IA, le Quantique, le neuromorphisme, …

 

2.3 L’enjeu de la révolution digitale

C’est le nouvel enjeu technologique. Et CB a sur le relever de multiples façons en s’engageant résolument dans de nombreuses évolutions, notamment par l’intégration de sa carte dans sa forme dématérialisée aux nombreux wallets de tous les grands Xpay internationaux (Apple, Google, Samsung…), ce qui lui a permis une forte croissance dans le digital, et par le soutien d’un écosystème très riche, qui lui apporte innovation et résilience. Toutes les banques membres de CB seront en cobadging Xpay en 2026 et CB paiement mobile sera sur Wero Pay dès 2026. Et CB s’apprête à lancer dès 2026 le click to Pay et sa plate-forme de tokenisation, réalisés avec STET.

 

Comme l’a rappelé Gérald GREGOIRE, « Avec son plan stratégique Dynamique 2026, impulsé par Philippe LAULANIE, et des ambitions fortes à horizon 2030, CB est prêt à assumer pleinement ce rôle structurant pour l’économie française et européenne ». Et Francois VILLEROY de GALHAU, Gouverneur de la Banque de France, a pour sa part identifié quelques priorités technologiques majeures d’avenir : l’intelligence artificielle, l’informatique quantique et le risque cyber, parmi bien d’autres innovations auxquelles s’attelle le Groupement CB.

  1. La place actuelle et future de la carte en Europe

 

3.1 La place actuelle

Aujourd’hui, et sans contestation possible, la carte bancaire est le premier instrument de paiement en

France, avec plus de 14 milliards de transactions par an, davantage même que le nombre de transactions fiduciaires. Mais, c’est aussi le premier instrument de paiement en Europe avec environ 70 milliards de transactions et représentant 57 % du nombre total des paiements scripturaux (virements, prélèvements, paiements en monnaie électronique) de la zone euro. C’est dire que le remplacement de la carte n’est pas pour demain… Et la carte CB représente à elle seule près de 20% du marché européen du paiement par carte.

 

Mais aujourd’hui, force est de constater que le modèle français de souveraineté ne domine pas en Europe. Seuls neuf pays européens disposent d’un système de paiement national indépendant des géants américains comme Visa et Mastercard, et représentent 39% des transactions, dont la moitié est assurée par la carte CB. Face à cette dépendance et à ces risques pour les utilisateurs, des initiatives européennes doivent se développer, même si aujourd’hui c’est Wero qui porte les couleurs de l’Europe.

 

3.2 La place future

Alors, la question est bien quelle est la place future de la carte dans l’Europe des paiements ?

C’est une question qui, selon les avis, aboutit à des réponses très opposées :

  • Pour certains, la dépendance aux schemes cartes internationaux ne peut être dépassée qu’en changeant radicalement de mode de paiement, et en se tournant vers l’actualité du moment, à savoir le paiement instantané, qu’illustre déjà Wero, qui est déjà le premier système de paiement européen à voir le jour.
  • Pour d’autres, la carte est incontournable vu sa part de marché et pour de nombreuses années, vu les habitudes acquises des consommateurs, et aussi par son ouverture européenne et internationale, et son développement européen passera par un éventuel scheme carte européen, que Aurore LALUCQ avait appelé de ses vœux en demandant “en urgence à la commission d’organiser un Airbus des systèmes de paiements européen”, mais dont l’opportunité et le fuselage restent encore à définir pour la carte bancaire.
  • D’autres voient encore son développement dans son intégration dans des wallets comme celui d’EPI, en capitalisant sur les habitudes de paiement des consommateurs, pour promouvoir un wallet européen. Comme diraient les Mousquetaires : «Tous pour un, et un pour tous »
  • Et enfin, certains entrevoient son futur avec l’inclusion d’un éventuel euro numérique dans la carte bancaire… Nous en saurons probablement beaucoup plus très prochainement.

Aujourd’hui, la résilience de cet instrument de paiement et l’attachement à ce mode de paiement en font un instrument incontournable du paysage des paiements français mais aussi européen. Comme l’a déclaré Daniel BAAL, “CB est un actif stratégique pour notre pays. C’est un élément essentiel de notre souveraineté” et la France y reste très attachée.

 

3.3 La carte, un instrument de paiement du futur

Les schemes cartes internationaux se sont engagés au plan mondial, avec les moyens techniques et financiers colossaux dont ils disposent, dans toutes les formes nouvelles de paiement et s’emploient à consolider leur emprise en Europe. Quitte même à réaffirmer leur attachement aux souverainetés régionales, européenne ici, anglaise ou indienne ailleurs, … Ils se sont engagés même bien au-delà du paiement par carte, dans la révolution digitale via l’intégration des process de bout en bout, l’apparition de nouvelles architectures décentralisées et le développement de la tokenisation cryptographique, et demain la transformation vers le commerce et le paiement 3.0 via les agents intelligents, tout en garantissant la chaîne de confiance…

Mais, c’est un chemin que pourrait et que va également probablement devoir prendre le Groupement CB en faisant face à l’enjeu de la digitalisation de l’Europe et des nouvelles formes de paiement. L’histoire n’est pas finie, et le Groupement CB en a l’intelligence et la capacité technique, avec l’écosystème français qui l’accompagne. Mais, il aurait besoin pour cela de moyens financiers supplémentaires et de coopération industrielle, de coups de pouce, de soutiens politiques forts et de solidarité européenne. Le Président de la République a, en ce sens, passé un message fort de soutien lors du Sommet CB 2026 en appelant « tous les acteurs financiers du paiement national et européen à y avoir recours. On doit consolider sur cette base, l’élargir et renforcer notre autonomie.».

Et, comme l’a dit Aurore LALUCQ, « Longue vie à Cartes Bancaires et à la souveraineté européenne en matière de paiements ».

Et nous, à FRANCE PAYMENTS FORUM, nous maintenons notre double attachement à la carte française CB et au déploiement européen du wallet EPI avec Wero, qui portent tous les deux l’ambition française et européenne des paiements. Et nous le montrerons le 14 avril prochain, lors de notre Rencontre consacrée à la Souveraineté européenne des paiements.

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