Synthèse de l’intervention de Philippe Laulanie

Administrateur, Directeur Général, Groupement des Cartes Bancaires CB

« Le plan CB Dynamique 2026″

Rappel du contexte

Lorsque j’ai été nommé administrateur de CB en 2016, mon mandat était le « réarmement » de CB. De 2016 à 2021, les objectifs de ce réarmement ont été (1) d’ouvrir l’écosystème CB afin notamment d’associer les commerçants à la gouvernance et (2) de prendre en compte l’innovation, avec la création du Lab by CB.

Dans ce réarmement, on avait également l’ambition de favoriser la standardisation.

Mais, on a bénéficié de deux moteurs de croissance :

  • Le sans contact : 600 millions de transaction en 2016 ; plus de 7 milliards en 2023, avec une résilience fantastique. Pendant le Covid nous avons effectué la remontée du seuil de 30 à 50 euros en six semaines, démontrant la capacité industrielle et inclusive de l’écosystème CB. En outre les chiffres CB ont été le moyen de mesurer les effets du confinement et du déconfinement. Dans les moments de crise, l’aspect souveraineté de CB est fondamental, et il a été éprouvé lors du Covid.
  • Le e-commerce : sur les 14 milliards de paiements annuels, 2 milliards sont faits par les e-commerçants

Les travaux sur la digitalisation avaient été arrêtés ou ralentis dans le but de faire converger CB dans EPI carte. La décision ayant été prise fin 2022 de ne pas faire le volet « carte » du projet EPI, la décision a été à l’unanimité des membres de CB de lancer le plan CB Dynamique 2026.

La carte représente 60% des transactions en France, et elle restera le support dominant du paiement retail, en France et en Europe à l’horizon 2030. CB représente 20% des paiements carte de l’Union Européenne.

L’écosystème CB est donc un vrai actif historique, souverain. Au quotidien, c’est deux tiers de la consommation courante des ménages français. Les données CB permettent de suivre tout ce qui se passe en France dans les départements, les villes, selon les modes de consommation et de distribution. Aucun autre acteur ne dispose d’un échantillon de ce type. Mais bien sûr les données sont totalement protégées.

Malgré le « decobadging » (qui a valu à CB des années 2022 et 2023 compliquées, avec la sortie de deux établissements, et plus de 5 millions de cartes « décobadgées »), le parc de cartes CB a encore augmenté en 2023 notamment grâce au développement des titres-restaurant dématérialisés, avec des acteurs digitaux très dynamiques qui comptent plus de 6 millions de cartes.

Les atouts de CB

Sécurité

Les chiffres de l’OSMP pour 2022 montrent que le taux de fraude sur les paiements par carte est 4 fois moins élevé pour les paiements CB que pour les paiements non-CB pour les paiements « tous canaux ».

Coûts

Le modèle CB es efficace : pour une transaction, il est dix fois moins cher que certains acteurs.   Ce n’est pas nous qui le déclarons, ce sont les commerçants.

Inclusivité

CB est un acteur inclusif, vis-à-vis des Fintechs comme des associations. Dans le nouveau plan stratégique national des paiements, l’accessibilité (personnes handicapées, personnes fragiles…) est pour CB un élément majeur.

À propos du cobadging

Le cobadging est « le meilleur des deux mondes » : si demain Visa (ou Mastercard) a un gros incident, les cartes cobadgées fonctionnent avec CB. Si demain CB a un gros incident, les cartes cobadgées fonctionnent avec Visa (ou Mastercard). Le cobadging est donc sécurisant pour tout le monde.

Le plan « CB dynamique 2026 »

Face à l’arrêt d’EPI carte, face aux déclarations des commerçants suite au decobadging, le plan « CB dynamique 2026 » élaboré en 2023 et adopté à l’unanimité des membres de CB (y compris ceux qui ont décobadgé) est un plan de réarmement et d’action. Il repose sur trois piliers

  • Pilier 1 : rattraper le retard sur le digital

Déploiement généralisé des offres X-Pay CB

Les banques membres de CB se sont engagées à être toutes en cobadging CB sur les X-Pay (GooglePay, SamsungPay et ApplePay) dans les 18 mois. Les moyens sont alloués dans chaque banque, et ces projets sont suivis par les directeurs généraux des établissements.

Accélération des travaux sur la tokenisation et le click-to-pay CB

C’est un projet à l’horizon de 2 à 3 ans, avec la STET car nous voulons le faire en conformité, de manière sécurisée et industrielle

Déploiement de CPACE

CPACE va passer en mode industriel. Nous avons déjà plus de 10 millions de cartes CPACE émises en France, nous en aurons plus de 20 millions à la fin de l’année et fin 2025, le parc devrait avoir quasiment basculé. Là aussi ce sont des engagements de banques à l’unanimité.

Investissement sur l’IA avec la STET pour la lutte contre la fraude

Nouveau calendrier de déploiement du PIN on line

Ce nouveau calendrier a été défini avec l’ensemble des acteurs de la Place française

Simplification des processus d’adhésion et d’agrément CB

Il s’agit d’être plus agiles et plus fluides sur le recrutement. D’importantes adhésions devraient être annoncées dans les prochaines semaines.

Révision des procédures de fallback

Au vu des incidents qui ont eu lieu à la fin de l’année dernière, les procédures de fallback des incidents sur la Place française vont être revues.

  • Pilier 2 : un « mindset » CB plus orienté « business »

Il s’agit ici d’une sorte de rupture dans l’histoire de CB : embaucher pour vendre

Renan Le Bot a rejoint CB et a constitué une équipe de 5 personnes. Une centaine d’entretiens ont été conduits chez les membres CB, chez les commerçants… pour savoir comment est perçu CB. La synthèse de ces entretiens montre qu’il faut plus de proximité, plus de proactivité, plus de business par plus de contacts, plus de services.

  • Pilier 3 : une communication plus active (« faire savoir »)

Nous avons allumé cette communication en rebond positif du message des commerçants qui disaient « CB perd des parts de marché, ça va nous coûter cher, défendons CB ! ». Les banquiers ont fait un manifeste en disant « nous avons à l’unanimité voté CB Dynamique 2026, n’ayez crainte CB va être défendu et CB va continuer à progresser sur ses 4 valeurs qui sont innovation, efficacité, sécurité et souveraineté ».

Comment cette nouvelle communication se matérialise-t-elle ? Le premier Sommet de la carte à Bercy visait à rassembler l’écosystème industriel et les membres de CB ; le Forum CB a été encore cette année un beau succès ; nous avons contribué, avec la Fondation Concorde et Christian de Boissieu, à replacer le poids de la carte et de CB en France et en Europe.

Nous allons régulièrement à l’Assemblée Nationale et au Sénat. Tous les maires de France, les députés et les sénateurs ont reçu la Revue de l’hémicycle sur « payer français, un enjeu stratégique ».

En 2024, nous allons faire une Journée du commerce CB le 28 juin à Station F. Les grands commerçants viendront témoigner de la qualité de l’offre CB. Et nous solliciterons la participation de politiques et de ministres à cette journée : le pouvoir d’achat étant le premier sujet des français, il est évident que le « dix fois moins cher » et le « quatre fois plus sécurisé » de CB sont des arguments qui parlent aux commerçants et aux politiques.

En sport, nous sponsorisons l’équipe féminine de cyclisme FDJ-Suez. CB est sur les maillots aux côtés de ces deux marques très féminine et très inclusive, et je suis très fier de ces valeurs d’inclusion, de résilience et de sport de cette équipe.

Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, est venu à notre Forum CB et a parlé du « triangle vertueux » (CB/EPI/euro digital). Dans un triangle, il y a un centre de gravité. Tout le monde parle des wallets aujourd’hui, Wero, DIW, Bizum… On voit bien qu’il y a une branche du triangle vertueux de l’évolution du paiement qui sera le wallet. Une autre branche c’est l’euro digital. Néanmoins, tant l’euro digital que Wero, DIW ou Bizum sont des modèles qui ne vont pas monter très vite.

Je suis donc convaincu que le centre de gravité du « triangle vertueux » tend aujourd’hui vers la carte et la monétique. Il faut certes faire évoluer le centre de gravité de la carte vers les autres, mais je n’ai jamais vu un projet basculer du batch vers le temps réel dans 26 pays à la fois.

Il faut aller vers de projets européens, mais peut-être pas à 26 d’un coup. Il faut peut-être y aller sur la base de ce qui domine les paiements. Or ce qui domine les paiements, c’est la carte. Et ce qui domine le paiement carte, ce sont les français, les allemands et les belges qui représentent 40 à 50%. Donc lancer un projet européen qui couvre déjà 50% ça pourrait avoir du sens.

Ce que je voulais vous dire ce matin, c’est que CB est dans une forme olympique pour faire CB Dynamique 2026 et reste un composant clé et souverain du triangle des paiements français et européens.