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Une année nouvelle… mais une année pas comme les autres, une année de ruptures…

En ce début d’année, ma pensée est d’abord pour les membres de notre association, FRANCE PAYMENTS FORUM, acteurs français ou intervenant en France, qui constituent le fleuron de “l’industrie” (au sens anglo-saxon) française des paiements, incluant tous les PSP, banquiers ou non, les acteurs commerçants et entreprises (même si hélas ils sont encore trop peu nombreux), et tous les acteurs industriels, ou de services et de conseil dans les paiements, qui nous font l’honneur d’être membres, et qui constituent également probablement, tous ensemble, une part clé de “l’industrie” européenne des paiements. Je leur présente à nouveau à tous mes meilleurs vœux pour cette année, que je qualifie d’année de ruptures.

Je souhaite aussi renouveler mes remerciements et mes vœux à tous ceux qui nous soutiennent, au-delà de nos membres, notamment dans les administrations et organisations publiques françaises et européennes, dans la presse et dans les associations partenaires, ainsi qu’à nos nombreux amis du monde économique et technologique, et aux anciens du monde des paiements qui ont tant œuvré avec nous et nous ont passé le relais.

Merci à tous de votre aide et votre soutien.

Nous aurons à FPF de très nombreux défis à relever cette année. Et des sujets difficiles à appréhender, à expliquer, à communiquer et à faire avancer. De notre modeste place, qui est celle de professionnels des paiements qui ont une double ambition : faire de la France et plus largement de l’Europe, un acteur majeur des paiements internationaux, et pour cela, tenter de participer à la construction d’une Europe souveraine, défragmentée et compétitive des paiements numériques ; partager entre professionnels nos expertises, nos attentes et nos visions du futur des paiements. L’expertise, la France et l’Europe, en ont et beaucoup, mais elle n’est peut-être pas suffisamment valorisée et nous devons la promouvoir, en Europe et hors d’Europe.

Bilan et perspectives

En début d’année, il est d’usage de faire un bilan et tracer des perspectives. Je l’ai fait dans article que la Revue Banque a publié le 12 janvier[1]. Je n’y reviendrai donc pas directement, sauf pour insister sur les vœux que j’ai formulés pour l’Europe des paiements, en ce début d’année, pour qu’elle réussisse  à relever plusieurs redoutables défis : les défis liés à son recul face à la puissance technologique et financière de certains grands États ; les défis liés à la fragmentation de son marché et à la diversité forte entre les niveaux de développement et de souveraineté des divers États européens ;  les défis liés à la réussite de certains projets comme Wero ou le hub avec l’alliance EuroPA, la tokenisation des actifs numériques et des paiements, voire l’euro numérique si les colégislateurs en décidaient.

Car cette année sera sans aucun doute d’abord l’année des choix pour l’euro numérique, mais aussi pour le futur de la tokenisation de la monnaie wholesale, de l’identité numérique, des cryptopaiements, avec les stablecoins, et encore et toujours de la lutte contre la fraude, et bien sûr, l’année de la prise en compte des effets de l’entrée brutale des questions soulevées par l’IA et demain par le quantique, dans les paiements.

Et, sur l’euro numérique, qui va être l’un de ces sujets, probablement le plus difficile de l’année, j’ai publié début janvier dans l’AGEFI un article en deux parties, la première sur la position de soutien du Conseil de l’Union européenne du 18 décembre dernier, la seconde sur les difficultés et défis à venir de ce projet. Ce projet se doit de réussir, mais pour cela il doit se doter d’atouts, au premier rang desquels un consensus, c’est à dire un soutien large. Et c’est peu dire que pour l’instant on n’y est pas…

Alors, dans ce contexte, quels seront les défis que FRANCE PAYMENTS FORUM devra relever en cette année 2026 ?

Il y en a beaucoup, et nous devons les prendre par les priorités. Je vais en définir trois pour la clarté du message :

(1) D’abord expliciter, prioritiser, et “évangéliser”, qui restent notre mission première, c’est-à-dire :

partager une partie suffisante de nos expertises pour bien clarifier certaines notions ou concepts, mais aussi les réglementations, évolutions, déploiements autour de ces notions ;

les inscrire dans un planning de travaux, ce qui peut conduire à les prioritiser, même si parfois elles ont des échéances fixées par des organisations spécialisées ou des pouvoirs publics. Mais parfois les plannings sont à revoir quand les acteurs du marché ne sont pas prêts :  on en a vu de nombreux exemples dans les années passées et on en verra encore, semble-t-il, dans les prochaines années avec l’identité numérique, et peut-être avec l’euro numérique ;

Et enfin, partager l’expertise, expliquer, convaincre… voire rechercher le consensus… Cette tâche est la plus complexe, car pour expliquer, il faut parfois entrer dans des détails très techniques, marketing et parfois historiques, et les paiements n’en manquent pas. Les paiements exigent une expertise et une culture importante. Et pour faire émerger un consensus il faut le vouloir, et donc accepter le point de vue de l’autre. Et certains, au plan européen, ont oublié que c’était une part de leur mission.

Cette tâche est première et touche tous nos GT. Et elles très importante en 2026, avec l’amoncellement de sujets sur lesquels il faut partager, expliciter, convaincre…

(2) Ensuite, faire face aux défis cités plus haut, et ils sont immenses en Europe. En France, 40 années d’interbancarité nous ont permis de disposer d’une industrie des paiements compétitive, résiliente, et souveraine. Mais dans de nombreux pays, les paiements n’ont pas été considérés comme stratégiques et l’Europe a même dû attendre 2020 pour disposer d’une stratégie des paiements de détail.  Il y a en Europe un réel souci de souveraineté dans les paiements et de réelles menaces sur la souveraineté monétaire, mais aussi un énorme handicap en matière de souveraineté numérique. Face à ces menaces, l’Europe a tardé à se doter de réponses, souvent au nom de la sacro-sainte concurrence entre acteurs économiques, ou bien quand elle l’a fait, elle a bridé les acteurs, comme avec MiCA. Et nous pensons que FPF constitue un vivier d’experts et que nos avis sont hélas peu écoutés. Et bien sûr, sur certains sujets, comme l’euro numérique, la tokenisation de la monnaie wholesale, l’identité numérique, les cryptopaiements et les stablecoins, la lutte contre la fraude, etc… et même sur la souveraineté, nous avons fait des propositions constructives et tenté de faire de la pédagogie, voire de rechercher le consensus, mais on ne peut que constater que les avis d’experts sont peu pris en compte, sauf quand ils rejoignent d’autres objectifs, plus politiques. Alors, quand, nonobstant nos réserves, les décisions sont prises, notre mission est de veiller à leur mise en œuvre et nous aurons en 2026 à réfléchir sur la manière de faire avancer l’Europe des paiements, en intégrant des décisions, parfois irréalistes ou résultant de compromis européens . 2026 sera à ce titre une année de rupture où il faudra s’adapter aux nouvelles donnes technologiques, réglementaires, économiques et financières… européennes et internationales.

(3) Enfin, cette année 2026 marque le 15ème anniversaire de notre association (Club SEPA 2CE2S, devenu ensuite FRANCE PAYMENTS FORUM) … Et nous avons tous les défis liés au passage de l’âge de la croissance rapide et un peu désordonnée à l’âge de la maturité organisationnelle, mais qui est aussi l’âge de la clarification des orientations et de l’adaptation des ambitions aux moyens dont nous disposons. Cette tâche est certes consommatrice de temps et de ressources, mais elle est indispensable pour poursuivre notre activité au-delà de la centaine d’entreprises essentielles qui sont actuellement nos membres.

Et cette tâche peut nous amener trois réflexions :

Comment organiser une association professionnelle sur un sujet, les paiements, longtemps délaissé par d’autres, car considérée très technique et peu stratégique, mais qui apparaît désormais au cœur de grands sujets comme la souveraineté, ou l’indépendance technologique et énergétique, ce qui fait naître beaucoup d’appétits sur le sujet…! Et comment faire venir à nous de nouveaux acteurs du secteur des paiements et offrir à tous nos membres des espaces de dialogue indépendants et constructifs. Cela demande des moyens et cela demande de l’engagement de chacun…

Pouvons-nous poursuivre seuls en France, ou devrions-nous nous rapprocher d’autres ? Nos nombreuses tentatives de rapprochement avec d’autres associations ont souvent été sans résultat, chacune voulant garder son autonomie, ou ont parfois été accaparées par certains acteurs à leur profit personnel, ne conduisant qu’à mettre un terme à l’initiative, ou pour aboutir, nécessiteraient un soutien politique et une reconnaissance de notre action, que nous n’avons pas suffisamment… Mais heureusement ce n’est pas le cas avec toutes les organisations dans les paiements, plusieurs ayant des comportements plus proches de nos valeurs. Et nous avons de bonnes relations avec plusieurs, dont Paris Europlace. Et le rayonnement de la place française en Europe passe nécessairement par une démarche préalable visant à fédérer diverses organisations du secteur bancaire et financier, pour disposer en commun des moyens de promouvoir en Europe l’industrie française des paiements, et plus largement l’industrie française du secteur bancaire et financier.

Comment organiser le dialogue avec d’autres communautés de paiement en Europe, comment se rapprocher d’autres organisations européennes dans le monde des paiements, et comment résister à l’emprise d’organisations d’origine non européenne, ou européennes mais « noyautées » par de très nombreuses entreprises non européennes, et qui disposent, dans tous les cas, de moyens sans communes mesure avec les nôtres, notamment en termes de lobbying ou d’expertise technique, voire de communication… Bref, comment doter l’Europe d’un forum équivalent au nôtre, un European Payments Forum, ou d’une réelle association européenne, une European Payments Association, à même de porter la voix des acteurs de l’industrie européenne des paiements.

J’ai dit que l’année 2026 serait une année de ruptures, et ce sera certainement le cas sur tous ces plans. Encore faut-il les préparer et les partager. Et il faut rechercher les moyens de faire venir à nous tous nos amis potentiels et de rechercher les soutiens et les synergies indispensables à notre action. Nous comptons sur tous nos membres et bien au-delà, en France et en Europe. FRANCE PAYMENTS FORUM prendra plus que jamais sa place dans la construction d’une Europe des paiements souveraine, résiliente et compétitive.

[1] Une année capitale pour l’avenir des paiements en Europe

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