Bilan 2025
STET est une infrastructure de place que vous ne connaissez pas forcément bien.
Nous sommes, avec le Groupement des cartes bancaires CB, au cœur de la souveraineté des paiements : nous offrons nos services en France et en Belgique, pour le compte de nos clients français, belges et autres, et nous avons des infrastructures propres en France, sur nos data centers français.
Nous faisons le traitement, l’échange et le règlement de l’ensemble des moyens de paiement scripturaux pour le compte de la communauté française et de la communauté belge.
Le gros de notre business provient de la monétique, puisque nous sommes le processeur principal du Groupement des Cartes Bancaires CB, le scheme domestique français.
En 2025, nous avons beaucoup travaillé avec CB dans le cadre de ce qu’on appelle le programme « CB 2026 », pour permettre, surtout, le re-cobadging des opérations digitales carte en France.
Aujourd’hui en France, sur nos systèmes de paiement et d’autorisation, nous traitons 15 milliards d’autorisations cartes par an. En 2025, nous avons a battu nos records le 28 novembre et le 29 novembre, avec 60 millions d’opérations cartes par jour et des pointes dépassant les 2.000 transactions par seconde (avec des temps de traitement qui s’expriment en millisecondes).
Dans le cadre de ce service d’autorisation, nous offrons aussi des outils de lutte contre la fraude (LCLF) pour CB, pour l’autorisation en temps réel, mais aussi l’e-commerce. Nos outils de LCLF, solutions basées sur l’intelligence artificielle utilisées par les data scientists CB, sont très efficaces, comme le montrent les statistiques de l’OSMP,[1] qui font état d’une baisse importante de la fraude pour le scheme domestique CB.
Tokenisation
Le cœur du programme CB 2026, c’est la tokenisation.
Historiquement, nous n’offrions pas de tokenisation pour CB pour l’ensemble des émetteurs CB, alors que les schemes internationaux avaient massivement promu leurs tokens. Mais depuis cette année, et c’est une de nos grandes réussites de 2025, nous avons quasiment finalisé l’onboarding de l’ensemble des émetteurs français sur la digitalisation pour les paiements mobiles.
En conséquence, si vous avez une carte co-badgée CB, quand vous payez avec Apple Pay, Google Pay ou Samsung Pay, vous aurez une opération CB, donc une opération souveraine au lieu d’avoir derrière votre paiement une opération d’un ICS. Aujourd’hui, nous avons dépassé les 1,5 milliard de paiements tokenisés représentant une augmentation de 64% par rapport à 2024 ainsi quand vous utilisez votre téléphone vous pouvez désormais avec le scheme domestique CB.
Ouverture de nos systèmes à de nouveaux acteurs
Le deuxième axe de nos travaux en 2025, également très important, portait sur la prise en compte de la nouvelle réglementation européenne, en particulier l’ouverture de nos systèmes à des acteurs autres que les institutions de crédit, c’est-à-dire aux établissements de paiement et de monnaie électronique.
Nous avons aussi de nouveaux PSPs qui souhaitent participer à nos systèmes, par exemple Adyen deviendra participant direct de STET[2] dès 2026. Et il pourrait y en avoir d’autres…
Hervé Sitruk
Notamment Revolut ?
Rodolphe Meyer
Je n’ai pas d’information à ce sujet, mais on peut constater que Revolut se positionne très fortement en France où ils demandent une licence bancaire. Et c’est effectivement un acteur intéressant, car très présent sur les offres digitales. On sait que Revolut a intégré Wero dans son application, et que N26 va également l’intégrer. On voit donc que ces acteurs, dès qu’ils ont atteint une taille critique, se positionnent de plus en plus sur des marchés domestiques, et sur des solutions européennes de paiement.
Pour en revenir au règlement des opérations interbancaires, je vous donne juste un chiffre : nous traitons 18 milliards de transactions par an : tous vos paiements, virements, prélèvements, chèques passent par STET.
Les chèques poursuivent leur forte décroissance, mais nous commençons à avoir une problématique car le coût unitaire de traitement du chèque augmente.
Outre la baisse du chèque, nous notons aussi une baisse des virements SEPA classiques au profit des virements instantanés. Le virement instantané est bien sûr au cœur de notre stratégie. Nous avions décidé de construire notre propre plateforme de virement instantané pour contrebalancer les transferts du SCT vers l’IP. Il y a quelques années, on disait « l’IP va être le new normal et remplacer le SCT », mais je pense que quand je partirai à la retraite, il y aura encore des SCT. Aujourd’hui le virement instantané représente 20% de l’ensemble des virements en France, et cette proportion augmente rapidement. En Belgique, dont la migration a été beaucoup plus forte, ce taux se situe aux alentours de 25%, mais c’est un pays qui avait aussi une tradition de paiement par virement à la différence de la France.
Sur la mise en œuvre de la réglementation, nous avons fait beaucoup de choses et le grand succès de l’année est la VoP, dont la réussite du démarrage a été saluée par les instances de Place. Nous étions un peu inquiets car les délais de mise en œuvre de la VoP étaient très courts, mais tout s’est finalement bien passé. Je tiens à remercier les établissements bancaires qui ont créé autour de la VoP un parcours vraiment fluide pour les utilisateurs.
Perspectives 2026
Comme je vous l’ai indiqué plus haut, avec CB nous nous sommes attaqués dans un premier temps (en 2025) au re-cobadging des paiements digitaux de proximité, donc des paiements par téléphone mobile chez les commerçants, car c’était la clé pour pouvoir reprendre des parts de marché aux ICS.
L’étape suivante vise à offrir des services qui permettent aussi de se « désensibiliser » sur les paiements e-commerce en France. C’est ainsi qu’en 2026, deux projets principaux vont être déployés entre STET et CB : le « Card on File » et le « Click-to-Pay ».
Le « Card on File » permet de tokeniser l’ensemble des opérations des cartes pour les marchands, donc de désensibiliser les marchands par rapport aux acteurs internationaux, notamment des big techs, avec des tokens français : le service de tokenisation est chez STET, il est vraiment souverain, les tokens restent chez nous.
Hervé Sitruk
Aurore Lalucq a parlé d’un Airbus européen des paiements. La France a un Airbus des paiements qui est le couple CB-STET, et nous pouvons le partager avec qui veut au niveau européen. Il serait temps qu’on le dise haut et fort…
Rodolphe Meyer
Exactement.
Une autre partie de l’Airbus existe déjà et est en train de se déployer en Europe : Wero. Il est déjà européen, mais il n’adresse pas aujourd’hui les mêmes cas d’usage (il démarre par le P2P).
J’en viens à mon deuxième point (après le « Card on File ») : le « Click-to-Pay ».
En 2026, grâce aussi à un acteur européen (G+D), nous allons offrir avec CB le « Click-to-Pay » français, un nouveau service qui va permettre de payer français sur l’e-commerce.
Dernière initiative, toujours autour de la carte et des paiements mobiles de proximité : vous savez que les antennes NFC Apple ont été ouvertes il y a deux ans du fait de la régulation DMA. Nous avons des projets en cours pour permettre d’utiliser des wallets alternatifs pour le paiement mobile carte. Certaines banques décident de déployer leur propre wallet pour faire du paiement directement par téléphone mobile. De son côté, Wero dans le cadre de son déploiement du paiement de proximité, va intégrer dans son wallet les paiements carte CB entre autres. Donc avec le wallet Wero, vous pourrez faire à la fois du paiement carte et du paiement account-to-account, complètement souverains.
Notre deuxième axe stratégique est d’augmenter notre empreinte sur la lutte contre la fraude sur le virement instantané. Nous avons déjà parlé de la VoP, mais l’un de nos grands axes de travail pour 2026 avec SEPAmail et la Place sera le traitement du bulk (les opérations de paiement de masse via la remise sur fichiers).
Nous travaillons aussi beaucoup avec l’intelligence artificielle. Nous le faisions déjà pour la lutte contre la fraude, mais nous travaillons aussi beaucoup en interne, pour améliorer la performance de nos équipes de développement.
Dernier axe stratégique : le cloud. Nous nous refusons à aller sur des clouds qui ne sont pas souverains. Nous avons donc une réflexion forte sur quels services nous pourrions déposer sur des clouds souverains ou suffisamment sécurisés.
En conclusion, nous avons un bel avenir devant nous. En 2026, nos travaux seront encore très orientés autour de la carte, de la souveraineté et de l’interopérabilité. Nous travaillons aussi beaucoup avec EPI : la lutte contre la fraude pour EPI, ce sont STET et CB qui la gèrent. Nous avons donc encore beaucoup à faire en 2026.
Merci de votre attention.
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Hervé Sitruk
Merci Rodolphe. Peux-tu nous dire en quelques mots quels sont les impacts de l’euro numérique sur STET et sur sa résilience ?
Rodolphe Meyer
Euro numérique
- En termes de résilience : nous avons tenté d’expliquer à de nombreuses reprises à la BCE, à la Banque de France et au Trésor le problème que pose la centralisation de l’ensemble des transactions de paiement en euros numériques à la BCE, et le contournement de fait des CSM [Clearing and Settlement Mechanisms]. Les CSM jouent un rôle-clé de tampon et de résilience. On le voit sur l’Instant Payment : aujourd’hui il y a TIPS, RT1, STET, Iberpay… et le fait que ces infrastructures puissent fonctionner de façon indépendante augmente le niveau de résilience de l’ensemble des systèmes européens de paiement.
- De plus, comme le niveau d’adoption est une grande inconnue, nous tentons d’expliquer à la banque centrale qu’il vaudrait mieux réutiliser des rails existants, sur lesquels les établissements bancaires ont fait des investissements colossaux avec l’Instant Payment, Wero…
Résilience
Nous avons des systèmes ultra-résilients et sécurisés. Pour entrer un peu plus dans le détail :
- Sur les paiements SEPA classiques, il y a d’autres systèmes de compensation en Europe, par exemple celui de l’EBA Clearing, et les banques savent traiter du SEPA sur ces divers systèmes, ce qui garantit un haut niveau de disponibilité. Donc sur ce segment nous avons collectivement un très haut niveau de résilience.
- Sur les paiements carte, nous avons également un très haut niveau de résilience. Et nous avons en outre un mode « offline », qui marche très bien (si vous êtes dans un avion, vous n’êtes pas connecté, mais vous pouvez payer vos achats en offline). Donc, quand on dit que le « offline » n’existe pas et que c’est l’euro numérique qui va l’apporter, ce n’est pas exact : le « offline » existe, il fonctionne et vous l’utilisez tous les jours. L’euro numérique « off line » permettra de remplacer des transactions en espèces, donc en monnaie Banque centrale, par des transactions électroniques en monnaie Banque centrale, mais on sait déjà le faire pour la monnaie scripturale.
- Sur l’Instant Payment, les différents systèmes (RT1, STET, TIPS…) sont indépendants et interconnectés. Tant qu’on a de la liquidité, on continue à fonctionner. Et même si le système qui gère la liquidité chez nous tombe en panne, on continue à fonctionner car nous avons mis en place des liens avec les autres plateformes d’Instant Payment (STET est connecté à RT1, à TIPS…). Quand je parle d’infrastructures multiples, c’est un point-clé de l’architecture des systèmes de paiement européens, car cela permet aussi d’augmenter la résilience d’ensemble.
Hervé Sitruk
Merci beaucoup, Rodolphe.
[1] 2026-01-27_OSMP-Note-statistiques-de-fraude-du-S1-2025.pdf
[2] Communiqué de Presse du 13 janvier 2026 : Adyen devient membre principal de CB et participant direct de STET


