Point d’année sans bouleversement dans les paiements au plan européen. L’an passé nous titrions nos Rencontres sur le thème de  « La Révolution des paiements européens : Nouvelles règles, nouveaux acteurs, nouveaux instruments européens », et cette année, les mots emblématiques sont : Souveraineté, Infrastructures et Intégration.

Alors qu’y a-t-il de nouveau dans le paysage européen des paiements qui bouleverserait à nouveau la donne ?

C’est d’abord, ce terme qu’on croyait, au moins en France, du passé et qui ressurgit au plan européen : Souveraineté. Et que tous reprennent : Autorités européennes politiques et bancaires, Banquiers, Industriels, … C’est l’affirmation d’une identité et d’une maturité européenne, indépendante dans ses décisions des autres États non européens, y compris des États-Unis, au moment du BREXIT, qui amputera l’Europe d’un État clé, et souhaitant limiter la suprématie commerciale des GAFA et autres BATX (voire des Schemes cartes internationaux) sur son marché intérieur, en exigeant haut et fort, même dans la tourmente, la maîtrise de ses décisions politiques, de ses données et de son marché intérieur, et qui trouve dans les paiements une des clés centrales de son unité.

Certains mots ne sont plus tabous ou idéalistes, comme marché intérieur des paiements, consolidation bancaire européenne, partenariats transfrontières interbancaires ou banque-industrie des services, et même scheme carte européen, malgré l’échec mémorable du projet Monnet. C’est l’exigence d’intégration du marché,  de « reachability » et d’interopérabilité, le besoin d’infrastructures communes, qui deviennent évidents, et qu’appelle de ses vœux la BCE, en apportant elle-même sa pierre angulaire à l’édifice commun, en entrant dans le champ du retail, avec TIPS pour l’Instant payment… Les temps changent.

C’est aussi la nouvelle photographie des paiements européens que nous a délivré la BCE en septembre dernier, et qui montre l’insolente croissance de la carte en Europe, que nous qualifions l’an dernier de « parent pauvre » de l’intégration européenne, et qui l’est toujours, même si on a vu enfin fleurir les appels à la création d’un scheme carte européen. Et ce au lendemain du lancement opérationnel de l’Instant payment, censé révolutionner le monde des paiements, mais dont l’onde de choc va certainement  produire ses effets à court ou moyen terme :

Photographie qui révèle aussi à la fois la maitrise par l’Europe de la plus grande part de ses  flux de paiement, près de trois quart de ses opérations, via ses grands opérateurs d’infrastructures résidents en Europe, interbancaires comme STET ou l’ABE-Clearing, voire la BCE elle-même, et ses grands opérateurs privés, et sa dépendance, pour le reste, quand même un quart des flux, principalement dans le domaine des cartes bancaires, à des opérateurs non européens, essentiellement les schemes cartes internationaux.

Photographie qui confirme également à la fois le leadership de la France dans les paiements électroniques, au moins dans la zone euro, avec même un tiers des transactions par carte de la zone monétaire, leadership qu’il faut faire connaitre et valoriser et c’est la stratégie de Paris Europlace dans les paiements ; et le nécessaire sursaut pour à la fois, et une fois pour toute, abandonner les vielles solutions papier, dont le chèque qui apparait désuet en Europe , comme le minitel à l’ère du commerce électronique, et aller à la conquête de ce marché intérieur, pour construire avec les autres acteurs résidents du paiement en Europe les infrastructures de cet espace commun, et pour démontrer un nouveau dynamisme, y compris dans le domaine des cartes, même s’il est bien amorcé avec le « sans contact », vers une société « cashless » qui pointe déjà son nez au Royaume-Uni et dans l’Europe du Nord. De l’audace, encore de l’audace… C’est bien à quoi doit s’atteler la nouvelle Stratégie française des paiements qui sera entrée en application en ce début d’année 2019.

D’autant qu’avec le BREXIT, l’Europe perd un de ses fleurons dans les paiements. Cette photographie va en effet être profondément modifiée avec le départ du Royaume-Uni, qui assurait seul, au sein de la sphère SEPA, 30 milliards de transactions de paiement, donc plus d’un cinquième de ce marché intérieur, dont plus de 20 milliards de transactions par carte. C’est donc une vraie perte de valeur pour le SEPA, qui se trouve amputé.

Ce qui est enfin nouveau, c’est le dynamisme européen et la créativité de ses Fintechs, mais aussi de ses banques et de ses grands opérateurs industriels, dans le domaine des paiements, dans l’Open Banking, et dans la sécurité. L’identité numérique sera au cœur du déploiement européen des paiements dans le digital, et, pour asseoir son indépendance, l’Europe doit disposer d’identifiants sécurisés de haut niveau et qu’elle maîtrise. Ce sera la clé de voûte du marché européen des paiements et même au-delà.

Ainsi, l’Europe dispose de forts atouts à faire valoir, et le domaine des paiements y est insuffisamment valorisé. L’an dernier, nous indiquions que « Pour parfaire le SEPA, en tant qu’espace unique de paiement, trois attentes restent à satisfaire dans leur intégralité :

  • L’interopérabilité, qui nécessite des frontières ouvertes et une capacité technique simplifiée pour chacun d’accéder aux marchés des autres ; condition d’une « Europe sans couture » ;
  • La réduction, à défaut de la suppression, des spécificités nationales (instruments de paiements à acceptation nationale) ;
  • Le retour sur investissement, résultant de la simplification du traitement des opérations et d’une consolidation industrielle dans les paiements. »

Ce qui a changé, c’est la prise de conscience de l’urgence d’agir.

La 6ème édition des « Rencontres du Club SEPA » s’inscrit dans la lignée de ces grands défis.

Les « Rencontres du Club SEPA » mettent en avant les progrès déjà réalisés et les travaux à entreprendre pour une Europe des paiements souveraine et sans couture et pour la promotion de la Place de Paris.