À l’heure de la confusion sur le BREXIT, et de ses répercussions sur l’Europe du financement et des marchés de capitaux, un autre constat s’impose : l’Europe va perdre non seulement une place financière de premier rang, mais aussi le premier pôle de paiement scriptural et électronique d’Europe. La France apparait alors le nouveau leader de l’Europe des paiements post-BREXIT, juste devant l’Allemagne, mais aussi le leader dans les paiements par carte, avec un quart de l’Europe de la carte post-BREXIT et un tiers de la zone euro, l’Allemagne restant leader dans les virements/prélèvements.

Cette situation conduit aussi à plusieurs changements majeurs des paradigmes européens dans les paiements : jusqu’ici, la carte constituait le premier instrument de paiement, avec 52% des transactions scripturales, mais avec le BREXIT, cette part tombe à 49%, et la carte se retrouve à parts égales avec les virements/prélèvements. L’autre impact est que les schemes cartes internationaux, principalement le duopole Visa/Mastercard qui assurait plus des trois quart des transactions par carte en Europe (en incluant celles générées par les cartes domestiques cobrandées comme celles de CB et les flux transfrontières en Europe), n’assure plus ensemble que la moitié des transactions de l’Europe post-BREXIT, et même qu’un tiers en excluant les transactions des schemes cobrandés. Dans l’Europe post BREXIT, les schemes internationaux ne sont plus dominants, même s’ils restent seuls à assurer l’interopérabilité des transactions transfrontières. Plus même, ils sont chacun plus petits que le système CB français.

« Leadership means leadership », comme dirait Madame MAY, et donc cela impose certaines obligations au plan européen, et offre certaines perspectives.

Dans le domaine des paiements européens, la France a l’obligation de promouvoir l’approfondissement du SEPA, créé en 2002, et de rechercher avec ses partenaires européens, et au premier rang avec l’Allemagne, les moyens d’une interopérabilité généralisée et sans couture ; elle a l’obligation d’être à l’initiative dans les paiements innovants comme dans l’Instant payment et le paiement mobile ; elle a l’obligation de rechercher un scénario d’interopérabilité des paiements par carte en Europe, indépendants des schemes cartes internationaux ; elle a enfin l’obligation de promouvoir des solutions qui garantissent l’indépendance technologique européenne dans les paiements. Leadership ne veut pas dire seul, mais force entrainante, dynamique, dialogue, initiative, convergence des intérêts et recherche du consensus. La France doit, en relation étroite avec les autorités européennes et avec ses partenaires européens, promouvoir une Europe multipolaire des paiements, souveraine et innovante, y compris dans le domaine des cartes.

Le BREXIT ouvre aussi des perspectives : la France dispose de la première industrie européenne des paiements, et de l’ensemble de la gamme des acteurs, des industriels aux consultants, qui sont parfois aussi leaders mondiaux, et en incluant bien sûr les banques françaises et leurs organisations interbancaires, qui sont en leur domaine les premières d’Europe. Avec cette industrie, la France a les moyens d’offrir à l’Europe, avec d’autres, des plateformes et des solutions de paiement qui feraient de l’Europe un leader mondial, si ce n’est en volume, ce qui est inaccessible face à la Chine, du moins un leader en qualité technique, innovation technologique, sécurité et densité des transactions électroniques, de créer l’Airbus des paiements. Il faut pour cela trois choses : poursuivre la rénovation en profondeur du système de paiement français et regrouper nos moyens dans des organisations puissantes, accepter de sortir des frontières nationales pour aller dialoguer avec nos partenaires européens et rechercher des partenaires sur certains projets, et intervenir activement dans la consolidation bancaire et industrielle européenne urgente et incontournable.

Pour cela, il faut une mobilisation en France. C’est le rôle que se fixe France payments forum, qui est le nouveau nom du Club SEPA à compter du 1er janvier 2019, soit 20 ans après le lancement de l‘euro. L’objectif nouveau est d’organiser, en France, avec tous les acteurs concernés, industriels, pouvoirs publics, associations professionnelles diverses dont la FBF, et avec l’aide de Paris Europlace, cette action de mobilisation et de coordination; c’est promouvoir l’industrie française des paiements en Europe et ses structures d’accueil à Paris et dans toute la France ; c’est favoriser l’émergence d’une industrie européenne des paiements et d’un réel marché attractif au plan mondial.

(Source : ECB payments statistics, september 2018)