Organisée par le groupe de travail « perspectives et innovation » de France Payments Forum, la troisième table ronde de l’après-midi était consacrée aux services de paiements pan-européens à venir.  Animée par Damien Launé (Practice manager, GALITT), cette table ronde réunissait trois panélistes :

  • Jacques VANHAUTERE, Directeur Général, SEPAMAIL.eu, représentant de la FBF à l’EIPP & RTP MSG de l’EPC.
  • Clément COEURDEUIL, Président co-fondateur, BUDGET INSIGHT
  • François SOENENS, Président de la commission monétique et moyens de paiements, AFTE et Vice-Président du CNPS (collège Demande)

Jacques Vanhautère rappelle qu’en 2017, l’ERPB mandatait l’EPC sur la construction d’un scheme autour de la présentation et du paiement de la facture électronique. En effet, il fallait trouver une manière efficace de réconcilier paiement et facture associée. C’est ainsi qu’a été imaginé l’utilisation du concept de « Request to Pay » (RTP), où le créditeur fait une demande de règlement au débiteur, via un modèle 4 coins habituel dans les travaux de l’EPC, à laquelle il attache sa facture électronique.

En 2019, l’ERPB demandait à l’EPC d’élargir les cas d’usages de ce scheme. Il devait ainsi pouvoir servir non seulement en B2C et B2B, mais aussi couvrir le commerce retail notamment en e-commerce et en m-commerce. Cette extension se faisant toujours dans une logique de promotion du SCT (SCT Core ou SCT Inst), seul moyen de paiement utilisable adossé à la RTP, en l’associant à des outils de proximité (NFC, QR code, …) etc. Le but était également d’en faire un scheme ouvert : la RTP pourra ainsi être initiée et réalisée par des RTP Service Provider n’étant pas forcément des PSP.

Il a été aussi envisagé, peut-être dans un deuxième temps, un modèle 2 coins, directement entre le créancier et le débiteur, avec par exemple un ticket de caisse sur un QR code flashé à la caisse (acceptation de la facture et initiation de paiement en un clic). Il faut bien préciser que la RTP est un flux d’échange d’information situé en amont du paiement, ce n’est donc pas un nouveau moyen de paiement mais un nouveau moyen de payer ; le paiement est effectué une fois que le client payeur a accepté la RTP.

L’objectif de l’EPC est maintenant de sortir à l’horizon de novembre 2020 un « Rulebook » explicitant l’ensemble des cas d’usages couverts par la RTP avec une première version du scheme. Le processus d’adhésion à ce scheme est également en cours d’élaboration. En effet, même si la RTP est un scheme ouvert, un processus d’adhésion strict permettra d’assurer un fort niveau de sécurité, une concurrence saine, et ainsi la confiance des utilisateurs dans le service fourni.

François Soenens estime que pour les commerçants, la question de la réconciliation reste très importante. Ainsi, ils comptent sur le paiement instantané pour faciliter leur gestion de  trésorerie.  C’est d’ailleurs pour cette raison que les services EIPP/RTP représentent des opportunités pour le secteur, ceux-ci permettant de faciliter la réconciliation. Les cas d’usages de ces services sont assez nombreux : partage de facture ou note, achat d’article de seconde main, indemnisation de sinistre, donation, paiement à réception, etc.

De plus, l’instantanéité dans les paiements est un enjeu dans la relation client : elle peut permettre d’améliorer sa perception du service offert (dans le cas d’un remboursement immédiat par exemple). Finalement, le fait que le paiement instantané soit irrévocable implique un nombre très limité d’impayés, ce qui constitue un avantage significatif par rapport au paiement par carte bancaire.

Cependant, le modèle économique de l’Instant Payment, comme ceux des autres services de paiement à venir, sont encore à définir. En effet, le paiement instantané ne se suffit pas à lui-même. Le paiement reste embarqué dans un service et c’est celui-ci, associé au paiement, qui apporte de la valeur et donc du revenu. Il faudrait donc plutôt réfléchir à un modèle économique par cas d’usage plutôt qu’à un modèle économique global, comme on le présente souvent pour la carte.

L’objectif de Budget Insight, l’entreprise fondée par Clément Coeurdeuil, est de donner des expériences à ses clients qui soient à la fois les plus simples, accessible et sécurisées que possible afin de leur permettre de réaliser un paiement. Pour ces raisons, le Request to pay comme l’Instant Payment sont pour eux d’énormes opportunités. En effet, les clients finaux voient l’instantanéité des paiements comme la nouvelle norme : une hybridation des paiement (intégrant cette instantanéité) permet donc de répondre à un besoin client. Cependant, Clément Coeurdeuil estime que la recherche par les banques d’un modèle économique du paiement instantané rentable à court terme représente un réel frein pour son expansion. Selon lui, en effet, les particuliers ne sont pas prêts à « payer pour payer ». Pour lui, une menace à considérer serait l’arrivée sur le marché des services de paiement européen d’un acteur ayant une taille critique, de type Tencent ou Amazon. Grâce à leur masse d’utilisateurs, ceux-ci seraient capable d’offrir du paiement instantané (car en circuit fermé) et une expérience très fluide à l’utilisateur, contrairement à celles que proposent les différentes banques aujourd’hui.

En prenant en compte le fait que le paiement est un moyen (de se procurer quelque chose chez un « marchand ») et non une fin, Clément Coeurdeuil estime que le paiement instantané sera de plus en plus proposé par le marchand et que ce dernier est prêt à payer pour proposer ce service. Cela lui permettrait ainsi d’apporter directement de la valeur ajoutée au client. C’est pour ces différentes raisons que Budget Insight exhorte les banques à travailler, via des APIs, à une initiation de paiement fluide et sans coût pour l’utilisateur ; cela leur permettrait de conserver leur place dans l’acte de paiement du client, car elles répondraient parfaitement au besoin de celui-ci.