par Christian Pfister, Banque de France, conseiller auprès de la Directrice générale de la Stabilité financière et des Opérations, à l’occasion des Rencontres 2020 du forum.

Au début de mars 2020, il existait plus de 5000 crypto-actifs pour un encours total d’environ 250 milliards d’euros (source: CoinMarketCap). Toutefois Bitcoin, lancé dès le début de 2009, représentait encore près de 64% de cet encours, contre un peu moins de 10% pour Ethereum, environ 4% pour Ripple, un peu plus de 2% pour Bitcoin Cash et un peu moins de 2% pour Tether, la plus importante des stablecoins.

Pour cette raison, et aussi parce que Bitcoin prétendait dès son lancement jouer un rôle monétaire (Nakamoto, 2008), je commencerai ce panorama par la présentation de Bitcoin. Je passerai ensuite à la « seconde génération d’actifs » (Villeroy, 2020) que sont les stablecoins, apparus en 2014. Dans un troisième temps, je m’interrogerai sur les réponses possibles des acteurs en place, privés et publics, à ces innovations.

Je commence par rappeler les principales caractéristiques de Bitcoin avant de m’interroger sur ce qu’il apporte.

Bitcoin présente les trois principales caractéristiques suivantes, d’ailleurs souvent communes aux autres crypto-actifs :

  • D’abord, l’absence d’émetteur, qui est certainement la caractéristique qui différencie le plus Bitcoin des monnaies légales, qu’il s’agisse de la monnaie fiduciaire ou des dépôts bancaires ;
  • Ensuite, un mécanisme d’échange recourant aux technologies du registre distribué (Distribued Ledger Technology – DLT) pour la validation décentralisée des transactions. Toutefois, dans le cas de certains crypto-actifs, comme Ripple ou ceux émis dans le cadre d’ICO (Initial Coin Offerings), la validation des transactions n’est pas décentralisée ;
  • Enfin, bien sûr, le recours à la cryptographie. Qu’apporte Bitcoin ?Les médiocres capacités monétaires de Bitcoin sont bien connues. C’est pourquoi je parle de crypto- actif et non de crypto-monnaie. En revanche, Bitcoin permet de réaliser :
  • Des opérations sous pseudonymes, protégeant ainsi la vie privée mais finançant aussi plus facilement des transactions illicites ;
  • Des envois de fonds vers l’étranger, secteur où les opérateurs traditionnels sont peu efficaces. Les utilisateurs doivent néanmoins faire face, dans ce type de transactions, à des frais difficiles à évaluer ex ante du fait de la volatilité des cours, « à l’entrée » et « à la sortie » ;
  • Un placement spéculatif, la rareté entretenue de l’actif en faisant un véhicule particulièrement bien adapté à cette fin.

Par ailleurs, si Bitcoin utilise une blockchain publique, donc décentralisée, l’utilisation de la DLT à l’intérieur de blockchains privées, fondée sur la représentation d’actifs financiers sous forme de jetons (tokens), paraît plus prometteuse.

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