Article initialement paru dans l’Agefi
Quelle unité ! La Commission européenne, la Banque de France, le Trésor, la Fédération des banques françaises, et même le Groupement Cartes Bancaires : tout le monde était réuni hier au France Payments Forum pour promouvoir la souveraineté européenne dans les paiements. En ligne de mire, les big tech qui s’imposent progressivement. Au-delà de l’enjeu économique, leur usage des données et le fait qu’ils dépendent de juridictions non européennes constituent des risques. Si ce sujet était mal identifié il y a dix ans, il est désormais considéré comme une urgence exigeant une réaction forte. EPI, ou European Payment Initiative, est dans tous les esprits : ce projet réunissant une vingtaine de banques est en cours d’évaluation et donnera lieu à une annonce à la fin du mois. L’initiative est d’autant plus justifiée que dix-sept pays dépendent des réseaux internationaux pour leurs paiements par carte bancaire. Mais sa complexité est réelle.

Comme des signaux d’encouragement, Eric Ducoulombier, représentant la Commission européenne, a indiqué que les paiements constituaient l’un des 25 thèmes de travail de la Commission et annoncé la publication au troisième trimestre 2020 d’une stratégie européenne numérique pour les services financiers et d’une stratégie pour les services de paiement. Une consultation sur ces sujets débutera en mars. Pour Jérôme Reboul, de la direction générale du Trésor, il est nécessaire d’assurer une stabilité réglementaire et une prévisibilité économique sans laquelle les acteurs du paiement ne peuvent investir, mais aussi d’aborder les questions de concurrence de façon à autoriser l’émergence de solutions européennes.

Côté Banque de France, Nathalie Aufrauvre, directrice générale de la stabilité financière et des opérations, est revenue sur la stratégie française des moyens de paiement lancée pour la période 2019-2024 et sur la cartographie des dépendances mise à disposition de tous. Elle a également mentionné le rôle de la banque centrale sur la sécurité et la cyber-résilience des systèmes de paiement et souligné les vulnérabilités potentielles dues à l’absence de maîtrise des données de paiement et à l’usage du cloud. La souveraineté dans le paiement est désormais prioritaire, les régulateurs se sont montrés prêts à créer un environnement favorable mais il reste à fédérer les approches et à aligner les intérêts. Ce qui n’est pas le plus simple.