Au moment de la mise en place de la nouvelle gouvernance européenne (Commission, Parlement et Banque Centrale), on ne peut que constater la lourde tâche qui l’attend, notamment dans le contexte plus incertain que jamais du BREXIT, face à un risque de cacophonie européenne sur divers sujets d’harmonisation technique ou réglementaire, et face aux offensives des grands GAFAs américains et des BATX chinois, mais aussi des grands processeurs internationaux et des grandes banques américaines, qui visent à conquérir le marché européen des paiements.

En effet, pour tous, le marché européen des paiements est attractif et dispose d’une avance dans plusieurs domaines comme le montre bien le lancement de l’Instant Payment aux États-Unis : la FED a adopté en août 2019 un plan d’actions visant à développer un nouveau service de règlement instantané des paiements de détail, dénommé « FedNow », qui devrait être disponible en 2023 ou 2024… ! Bien après la mise en œuvre en 2018 de TIPS par la BCE. L’Europe peut aussi se targuer d’avoir une certaine avance par rapport aux États-Unis en termes de protection des données ou de sécurité des paiements, voire d’innovation dans les paiements… Mais L’Europe souffre de plusieurs handicaps qu’il faudra bien régler rapidement.
D’abord, l’Europe souffre de l’absence d’une identité numérique qui aurait un rôle majeur à jouer pour l’authentification forte et la sécurité des paiements en général, et de la difficulté à implémenter une interopérabilité des paiements de détail, et c’est là que TIPS va apporter sa principale contribution.
D’autre part, l’Europe souffre de la fragmentation de son marché des paiements, et de l’absence de grands acteurs européens transnationaux, que ce soit de banques, d’industriels, de processeurs ou de fintechs, mais aussi de sociétés d’ingénierie digitale et de conseils à même de pouvoir concurrencer leurs homologues internationaux. Il faut en chercher les raisons à la fois dans la complexité résiduelle d’accès aux marchés nationaux européens et du coût de ces opérations, jugées très risquées, dans la réglementation européenne sur la concurrence, dont les exigences dépassent souvent l’entendement et sont donc bloquantes en matière de consolidation.

Enfin, l’Europe souffre de l’absence d’un modèle économique satisfaisant pour les paiements, notamment, bien sûr suite à la limitation des interchanges cartes, mais aussi liée à la difficulté à ce jour rencontrée par les PSPs à proposer de la valeur ajoutée aux paiements. Bien sûr, avec le digital et l’économie de la donnée et des services numériques, on peut espérer bâtir à terme un nouveau business model, mais ce sera long, et en attendant, nos concurrents internationaux en profiteront pour prendre plusieurs longueurs d’avance.
A l’heure du BREXIT, l’Europe doit donc se donner les moyens de sa souveraineté, tant pour la consolidation industrielle ou bancaire que pour la construction de schemes européens, et l’émergence de Licornes, voire pour la réponse au Libra.

Pour ce faire, elle se doit de s’appuyer sur son industrie des paiements, elle doit être à son écoute, pour anticiper les difficultés à venir, pour mieux coordonner les initiatives, et pour établir des plans d’action comportant des échéances atteignables.

Dès lors, il convient d’organiser un dialogue, interprofessionnel et transnational, plus ouvert et plus direct entre les principaux acteurs européens des paiements, pour débattre des grands sujets et des grands projets, pour mieux se concerter, pour promouvoir des relations, des partenariats, voire des joint-ventures ou des rapprochements industriels, et ainsi faire émerger ces grands acteurs européens de demain que chacun appelle de ses vœux. C’est ce que nous nommons le Forum européen des paiements, EUROPE PAYMENTS FORUM.
La France a tout intérêt à initier une démarche de ce type, pour promouvoir son industrie des paiements, présente sur tous les maillons de la chaîne des paiements, pour tenter d’effacer sa réputation d’arrogance et d’individualisme, et pour devenir un haut lieu de la concertation européenne dans les paiements.
FRANCE PAYMENTS FORUM souhaite œuvrer ardemment à ce dialogue paneuropéen, et au rapprochement entre tous les acteurs du paiement en Europe, comme il le fait en France, dans une démarche ouverte, interprofessionnelle et directe. Tous ceux qui souhaitent comme nous participer à ce dialogue paneuropéen peuvent nous rejoindre et contribuer activement à forger l’Europe des paiements de demain.